-Fantastique-
I
“I can take
what i want to take
cause you know
i'm so silly
I don't no what i'm living for”
Chapitre 1
« Allez ! Faites vous plaisir, et n'ayez pas peur. »
John Rosefire était allongé sur le canapé de son salon. La tête sur les cuisses un peu fermes d'Iris. Elle portait une robe blanche moelleuse, délicieuse au contacte. Les deux tourtereaux regardaient la télé malgré l'orage qui tonnait par moment. A la télé, Chucky venait de pousser une femme du sixième étage, elle s'était encastrée dans une voiture en faisant un crack grandiose, pendant qu'Iris enfonçait ses ongles dans les joues de John « Aïe !! Tu pourras me prévenir la prochaine fois que l'idée te vient de me lacérer le visage ?
- Mais elle est pas douée cette fille, répondit Iris ignorant la remarque, avec le marteau sur la table elle aurait toute suite du partir. »
John releva le visage, il n'y avais personne, songea-t-il, et peu de gens s'attendent à voir une poupée musclée comme un taureau sortir d'un pot de fleur pour les tuer mon ange, mais mieux valait se taire, sa nuque confortablement installée, il n'avait guère envie de débattre sur la mort par Chucky. Dans le salon, tout était assez bien rangé, des peintures à l'huile étaient accrochées sur les murs représentant des paysages idylliques, on voyait aussi des souvenirs de vacances de toutes sortes : une déesse grecque de la fertilité en bronze, une lampe du canada, une petite boite en ivoire avec des bijoux brillait sur le buffet, une grosse pipe en bois brun foncé verni sur la cheminé. La collection de dés à coudre de maman Rosefire était à coté de la fenêtre sur une étagère protégée par des battants en verres. Des photos de la famille étaient exposées un peu partout, sur le piano, derrière la cheminée, Mr Rosefire brandissant son pouce avec une casquette Yankees à l'envers et tout sourire devant un bar Irlandais, sur la télé toute la famille devant un grand lac sûrement après manger, papa la bière à la main _ attention on regarde l'objectif, à trois tout le monde dit Cheese.
«C'est la pub, je vais au chiotte ! Bouge ta tête » ordonna Iris se levant brusquement, sa tignasse cuivrée virevoltant, et laissant John tombait de coté sur le carrelage.
- Eh !! Qu'est tu fous ? Ca fait mal, t'aurais pu demander quand même. Je me serais levé tranquillement.
- Oh bon, désolé Cosette, répondit elle avec un clin d'½il malicieux, mais j'avais prévenu et c'est pressant, je n'aurais pas voulu mouiller tes beaux cheveux noirs, lança-t-elle avant de foncer aux toilettes.
- Ouai mais c'est pas cool. » John se leva pesamment remontant son gros jean des genoux aux cuisses. Il resta debout un peu, le temps de reprendre ses esprits, pendant qu'une jolie blonde aux yeux bleus proposait des confitures dans la bonne cuisine Américaine _le gros frigo en arrière plan, un micro onde sur le coté. Avec les nouvelles Confipotes, la confiture redevient ce qu'elle était. Confipote c'est pour toi et tes potes.
Quand il put enfin bouger (il n'était pas bien lourd à porter, mais à cette heure ci, avec le crâne aussi explosé, et puis il avait pas beaucoup dormi ces derniers jours... te pose pas tant de questions vieux) il partit dans sa chambre.
John s'assit sur son lit à coté de sa guitare.
Dans la pièce régnait le chaos. Rien n'était rangé. Par terre, des feuilles de cours traînaient fripées et cornées à coté de magazine sur le Hard Rock Métal, sous son bureau une espèce de jus chiasseux coulait de la poubelle renversée et tombait ensuite dans la fissure de deux lattes de parquet. Une pile de bouquins s'élevait sur son ampli Marshall et penchait dangereusement comme une tour de Pise mal faite, un pack de bière vert Burgsbräu était ouvert au pied de sa table de nuit avec des capsules pliées regroupaient à coté, cinq six canettes trônaient sur son bureau, ouvertes et sûrement tièdes_ bonne chance ! Un panneau stop était suspendu au dessus du lit par une chaîne rouillée et John ne manquait pas de s'y cogner le front dessus chaque matin (ou pire, sa guitare le soir). Des affiches de concerts extrêmes, saturées de rouge et noire, montraient les dignes descendants des singes, sur le mur à droite de la fenêtre l'un d'eux avec ses longs cheveux gras tenait le micro haut dans la main et faisait le signe de Bélial, la bête, avec le petit doigt et l'index vers le haut et les autres doigts repliés. Une grosse boule de billard avec un coté plat traînait au pied d'un tabouret. Et bien sur des fringues. Les fringues crades de l'avant-veille que le sale jeune ne descend pas au linge le matin, malgré les efforts de sa mère. Oh je rangerais ça avant de partir songea t il.
Et il le ferait sûrement, John était le mec posé. Pas du tout le genre à s'énervait pour rien, ou à chercher la petite bête. Nan c'était le mec qui faisait ce qu'il avait à faire, et seulement après il se laissait aller. Il avait l'ordre des priorités et ça marchait très bien comme ça _ peace and love_ surtout avec Iris qui tenait plus de la plante carnivore (genre Dionaea avec les dents et tout) que de l'iris. Rien que physiquement, avec sa fourrure rouge on dirait une lionne. Mais avec John, tout était cool.
Il prit sa guitare, et fit un accord Mi mineur, il le refit une deuxième fois cherchant l'inspiration, puis commença Where is my mind des Pixies tout en chantonnant « ouhhhhh, ouh ouh OOUUuuuuuuuuOUuhhh ». Il avait un touché délicat sur les cordes et se défendait pas mal, néanmoins le bruit de la chasse d'eau venant de la salle de bain à coté de sa chambre couvrit le début des Pixies, puis le lavabo (eau très chaude, c'est Iris) noya son solo vaguement improvisé malgré sa tentative pour jouer fort.
« Bon, tant pis. » Il reposa la guitare, pris le paquet de Marlboro avec le dessus déchiré (eh ouai quel jeune n'a pas utilisé le dessus de son paquet pour se faire un filtre ?) qui attendait sur son chevet et retourna dans le salon. Au passage son pied trébucha dans un fil qui hélas, était celui de l'ampli faisant tomber la pile de bouquins «C'est pas grave.»
Dans le salon, une nouvelle blonde aux yeux bleus qui ressemblait étrangement à celle des Confipotes tenait une brique de jus de fruit à la télé, cette fois ci dans un champs d'orangers, une expression de bonheur éclaira son visage _ un peu comme Pinochet à sa mort _ après qu'elle ait bu une grosse gorgée du jus de fruit. Avec de la vrai pulpe d'orange, le nouveau Rikea est à partager en famille dés le petit déjeuner. Iris avait repris sa place au bout du canapé les jambes pliées sur le coté.
«La vie est triste quand même : qu'il y ait de la pulpe dans le jus d'orange devient un exploit, dit John l'air sincèrement désolé. Alors c'était bien ?
- Oh à merveille mon bout de chou. J'avais de la guitare pour me distraire répondit elle un grand sourire sur les lèvres. J'ai entendu du bruit, qu'est ce que tu faisais dans ta chambre? »
John s'assit sur le fauteuil à coté du canapé, et sortit un paquet d' OCB d'où il sortit une grande feuille à rouler.
« - J'ai fais tomber tout mes vieux bouquins de solfège avec des exos en tablatures. C'est pour Chuck comme il voulait que je lui apprenne la guitare à Moses Lake. Je lui avais préparé ça en attendant. Et sinon, j'étais allé prendre mes clopes, je roule un pète ». Il pris la pochette avec marqué SMOKE en rouge à moitié effacé d'un coté, et préleva dedans une grosse tête de Marie Jeanne, bien compacte qu'il effrita sur un boîtier de cd ou était dessiné un prisme sur fond noir, la lumière arrivant en une mince ligne par la gauche et ressortait en arc en ciel sur la droite.
« - Ton père, il sent jamais que ses cd pue la beuh ? Questionna Iris ses yeux verts vaguement étonnés, même si il les renifle pas, ça sent fort quand même, non ? » Elle lui tendit un petit bout de carton roulé.
« - Merci. Boarf, j'sais pas. Toute manière, je suis a peu prés sur qu'il ne sache pas ce que sente la beuh ».
Iris pris la télécommande baissa le son, Chucky ne l'intéressait plus beaucoup, et regarda le rouleur.
Un éclair zébra le ciel par la fenêtre du salon, pendant 30 secondes la jeune fille fût sur ses gardes, et puis le bruit du tonnerre vibra dans l'air. Elle ne savait pas pourquoi mais le bruit de la foudre l'avais toujours rassurée, comme la confirmation que le grand éclair lumineux n'est pas une invasion extraterrestre à la Independance Day mais un simple événement météorologique. Enfin bref, pas besoin d'en parler à John, le nigaud la regarderait d'un ½il à la fois exaspéré et lui répondrait qu'elle n'était encore qu'un enfant dans le fond.
« Et pourquoi dans le fond, en faite ? » aurait il ajouté en fin de phrase avec une petite caresse sur la tête et l'air ironique et chamailleur qu'elle...
Qu'elle adorait et oui fallait bien le dire non ?! Et puis c'est facile pour lui, qui prétend toujours avoir peur de rien. Elle pris une bière qui traînait sur le rebord de la cheminé et l'ouvrit d'un coup sec avec son briquet qui était à la fois un vase et deux nanas nue dos à dos. «Tu peu m'en ouvrir une ? » demanda John, tout en fixant, très concentré, la feuille qu'il roulait et qu'il replia habilement sous elle-même à une extrémité, puis il la maintînt dans cette position le temps de juger le travail, et lécha la feuille sur le collant en relevant la langue à la fin.
« - Tu n'es pas obligé de tendre la langue comme ça tu sais, constata Iris tout en ouvrant une deuxième bière.
- Oh c'est bon, tu as vu cette merveille que j'ai roulée? S'extasia-t-il en tournant le joint pour coller la feuille.
- Oui jolie, j'avoue. Enfin, dans 10min se sera un tas de cendres, un bout de carton tout gras, et je ne sais trop quoi dans notre tête, elle lui passa la bière et lui alluma le joint avec le briquet 'décapsuleur '.
- Merci. N'empêche que je pensais, demain déjà, ça va être bien ! Imagine toute la pitch qu'on va pouvoir se payer avec 300 dollars, on va se construire un igloo en pack. Sans compter les 250 dollars de beuh, mouahhhhh rien que d'y penser ça me fait planer. » Pas suffisamment il fallait en juger d'après les grosse lattes qu'il tirait.
« - Ouai et puis après demain surtout, lui répondit elle en buvant une petite gorgée de bibine chaude, et cette fois on pourra y rester deux semaines sans personnes pour nous embêter. On ce retrouve ou demain ?
- Normalement Stephen et Whitney seront à 14h à la statue du capitole et Chuck nous rejoindra vers 16h au Schaeker Il doit capter la beuh avant. En l'attendant on se posera en face des Mormons dans le parc. Je sais jamais comment il s'appelle.» Les Mormons avaient achetés un immeuble à Poplar Street, mais ils avait négligés le faite que leurs voisins n'était autre que la communauté raèlienne de Salt Lake City. Rocky Anderson le maire de l'Utah avait d'ailleurs préciser être « enchanté que toutes les mouvements sectaires se campent dans le même coin » Les Mormons n'avait cessés de le harceler depuis qu'il était maire. D'ailleurs on ne sait pas trop comment ce démocrate est devenu maire dans un état majoritairement républicain. Rien que le mois dernier il avait accordé le même statut aux homosexuels qu'aux hétéros alors qu'une large majorité s'y opposait, Iris se souvenait encore du fou rire qu'elle avait eu avec Whitney lorsqu'elles avaient vu un des Mormons en uniforme, pendant leurs manifestations toute croix et chapelets, admirait d'un ½il pervers et discret un sex shop, une de ses mains étrangement mouvementée dans sa poche. Et puis le bon vieux Rocky avait aussi fait baisser les prix sur l'alcool et autorisé les mineurs de plus de 16ans à en acheter. John avait fêté ça en achetant 5 bouteilles de vodka le même jour, et c'était retrouvé le soir même entrain de chanter avec un clodo avant de s'effondrer à l'arrêt de bus de Ronald Street, Iris et les autres l'avaient abandonnés là, plein de vomi et de vodka, préférant dormir dans un lit propre. Ce n'était pas du tout son style de John de faire ça, mais parfois il est capable de faire les pires conneries juste pour se faire plaisir. Et ça doit être pour ça que je l'aime tant.
«C'est le Liberty Park, mais maintenant tout le monde l'appelle le Rocky Park. Et pour le voyage, on part à quelle heure ? demanda t elle en posant sa main sur celle de John et la caressant doucement du pouce. Il n'a même pas les mains moites.
- Vers 10h du matin je pense, ça nous fera arriver vers les 20h. On a bien mis 10h la dernière fois pour aller jusqu'au Moses Lake. L'état Washington est pas à coté faut dire, mais bon cette fois ci c'est Stephen qui conduit et ça risque d'aller un peu plus vite que ses vieux je pense.
- Tu m'étonnes », fit elle avec un léger sourire. Elle n'avait été que deux fois, pour l'instant, en voiture avec Stephen mais elle s'en souviendrait. La première fois il avait klaxonné et hurlé contre une petite vieille qui n'avançait pas et puis avais finit par lui faire une queue de poisson, la deuxième fois il roulait à 90 km/h au lieu de 50km/h et si Whitney n'avait pas vu les flics avant qu'ils les voient, Stephen n'aurait déjà plus de permis.
Elle pris le joint qu'il lui tendait et fuma dessus. La première latte faisait toujours beaucoup d'effet, comme si votre esprit cherchait à s'envoler. Elle sentit de la chaleur se diffusait dans son bas ventre, et refuma un peu pendant que John tripatouillait son portable.
Demain sera une bonne journée songea-t elle. Les achats de provisions avant les vacances avaient toujours ce petit quelque chose d'excitant. Comme la cigarette avant de baiser, le rituel de préparation inéluctable, l'attente dans le cinéma ou tout le monde rigole sur les bandes annonces : le début d'une nouvelle aventure. Elle s'imaginait déjà avec les autres, elle mettrait son t-shirt noir Barbie is a slut. Au supermarché Sud-est, quand ils arriveraient devant le colossal rayon d'alcool. Le regard avide de Whitney devant le Jet 27. Quelques vieux leurs jetteront sûrement de mauvais regards, en prenant des surgelés et deux trois bières, des Boston Lager probablement. Et puis après les choses sérieuses commenceront, comme l'année dernière. Depuis le temps qu'on en parle faut dire pensa t elle, deux semaines dans un chalet avec les potes à délirer dans la forêt, dans la maison d'architecte sur le coté prés de la petite crique, et le bateau ne pas oublier le bateau ! Et avec John, le tout avec plein à fumer et à boire bien sur. Vivement demain. En fumant, elle se recroquevilla sur le canapé et mis sa main libre entre ses cuisses _ bien au chaud.
- Euh, Chuck me dit qu'on pourra le retrouver que vers 16h30, et nous dis... attend », John baissa un peu plus le visage sur son portable, « qu'il aimerait qu'on l'attende pour acheter à boire » termina t il en relevant deux yeux hagards vers la jeune fille.
« - Mais oui on l'attendra, répondit elle en souriant de toute ses dents ses petits yeux pétillants de malice, il faut qu'on se fasse le plus plaisir possible pendant ces vacances mon ange, plus de bahut plus d'emmerdes, juste le bonheur » et elle posa le joint sur le cendrier noir en forme main et embrassa John qui se rapprochait. Elle ne prêta même pas attention à l'éclair qui illumina le salon.